Révoltée

6062017

Un récit de Evguénia Iaroslavskaïa-Markon aux éditions du Seuil

C’est un récit bouleversant que celui d’Evguénia Iaroslavskaïa-Markon. Le récit de sa courte vie, 29 ans, qu’elle rédige en prison quelques mois avant d’être fusillée au goulag des iles Solovki. Elle était l’épouse du poète Alexandre Iaroslavski, fusillé lui aussi quelques semaines avant. Ils sont tous les deux anarchistes, chauds partisans de la révolution de 17, mais déchantent vite surtout après le massacre des anarchistes de Krondtstadt par l’armée rouge. Ils voyagent en Allemagne et en France où ils rencontreront Nestor Makhno. Puis ils rentrent. Il est arrêté le premier, elle fait alors l’expèrience de la rue, des voleurs, de la pègre, des prostituées, les véritables révoltés dit-elle. Elle vit avec eux, elle sera aussi diseuse de bonne aventure avant d’être elle aussi broyée par la machine policière et répressive des Bolcheviks. Un livre poignant, à lire et à méditer à l’occasion du centenaire de la révolution d’octobre… hypollite 177

Utopie, anarchie, résistance, Bertrand




14 juillet

7042017

D’Eric Vuillard aux éditions Actes Sud. « Moi le 14 juillet je reste dans mon lit douillet… » chantait à juste titre Georges Brassens. Le 14 juillet est un jour à éviter, un jour où l’on se cache en attendant qu’il passe. Le jour de la fête nationale, le jour ou des bataillons de tueurs défilent devant un président arrogant, fier de se prendre pour un monarque quelle que soit sa couleur politique. Eric Vuillard nous présente dans son livre un tout autre 14 juillet, le véritable 14 juillet celui de 1789, celui de la prise de la Bastille; les semaines le précédant pour expliquer l’événement. C’est l’histoire de la foule, une foule tumultueuse, d’abord indécise, hésitante, puis sure de sa force et de son bon droit, une foule en mouvement. Une foule d’anonymes mais présents un par un, chacun, chacune jouant son rôle. Une émeute, une révolte, une énorme colère contre la misère, contre la faim, contre le mépris des puissants, aristocrates ou bourgeois, contre leurs privilèges. Le premier jour d’une révolution. 

14 juilletCe beau livre nous raconte en plus de la révolte, de la foule qui renverse tout sur son passage, même une forteresse, il nous raconte l’arrogance de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie, la folie dépensière de la monarchie, les mille cinq cents personnes chargées de la bouche du roi, la fortune que claquait la reine pour ses bijoux alors que le pays était ruiné. En lisant ces lignes on ne peut s’empêcher de penser aux salaires de Pénélope et au prix démentiel des costards de François Fillon… 14 juillet d’Eric Vuillard, c’est à lire !

Utopie, révolution, à la votre, Bertrand

 




Drapeau noir, étoile rouge

1042017

etoile rougeIl n’y en a plus beaucoup des drapeaux noirs ou rouge, le bleu-blanc-rouge envahit tout l’espace, de Mélanchon à l’extrême droite en passant par le PS et les différentes droites, cet emblème ridicule occupe tout l’espace visible, il y a même des tordus qui le hissent chez eux, à leur fenêtre, dans leur jardin, un signe de reconnaissance, d’appartenance à une idée nauséabonde. Au moins on sait où est « l’ennemi », maigre consolation. Car ce drapeau est accompagné d’une chanson aussi bête que méchante, l’hymne. Tout ce que trimballe ces deux choses, peut-on parler d’idées, plutôt des injures à l’intelligence, c’est le nationalisme, la patrie, la souveraineté, le peuple, l’identité, des concepts horribles qui a travers le temps, l’histoire, et l’espace, la géographie, n’ont provoqué que crimes et désolations, des millions et des millions de morts, de la haine, de l’exclusion, de la xénophobie et de l’intolérance. Comment peut-on encore se référer à ces concepts lugubres cent ans après les sinistres champs de bataille de la première guerre mondiale ? Comment peut-on prétendre que ces concepts seraient la solution aux maux de l’humanité, ou d’une fraction de l’humanité contre les autres, alors que ces idées n’ont apporté que la mort, la destruction massive, la négation même des valeurs humaines. drapeau noirComment peut-on au 21ième siècle parler de nation, de souveraineté, d’Etat, de patriotisme, d’identité sans être un salaud, un facho, un macho, un apprenti sorcier de la pire espèce, une bande de cons qui n’ont plus grand chose à partager que la haine de « l’autre » et sont prêts à rallumer le grand incendie !

Tes drapeaux sont noirs dans le vent, ils sont noirs de notre peine, ils sont rouges de notre sang… chantait la Makhovtchina il y a aussi à peu prés un siècle. Mais peut-être peut-on se passer de drapeau tout simplement ?

Utopie, résistance, à la votre, Bertrand

 

 




Oui, il faut détruire le Sacré-Coeur

10032017

Dans le cadre de la constitution de son budget participatif annuel, la mairie de Paris a reçu une intéressante proposition, la destruction pure et simple du Sacré-Coeur. Cette suggestion est signée de Nathalie Lemel, une militante de l’Association internationale des travailleurs et féministe qui a participé sur les barricades à la Commune de Paris en 1871. Le Sacré-Coeur y est décrit comme une « verrue versaillaise » et « une insulte à la mémoire de la Commune de Paris », ce qui est parfaitement juste. C’est à l’emplacement exact, sur la colline de Montmartre, où a débuté la Commune de Paris le 18 mars 1871, que les versaillais ont choisi de construire cette chose immonde qu’est le Sacré-Coeur. Non contents d’avoir massacré entre dix et vingt mille communards pendant la Semaine sanglante en mai 1871, les généraux versaillais dirigés par Adolphe Thiers (pourquoi ce tueur de masse a-t’il encore des rues à son nom ?) voulaient se venger, humilier la Commune et restaurer leur ordre moral. La première assemblée de la Troisième République a donc décidé par le biais d’une loi d’utilité publique, rien que ça, la construction de cet édifice religieux autant moche que puant. Pour rappel, la dernière assemblée de la même Troisième République, décidera comme ultime acte en 1940, de donner les pleins pouvoirs à Pétain, autre massacreur de masse et héritier direct des versaillais. Oui, oui, on pourrait sans aucun regret détruire le Sacré-Coeur. 

La colonne Vendôme abattue par les Communards à l'initiative de Gustave Courbet

La colonne Vendôme abattue par les Communards

Les communards dont Gustave Courbet qui a dirigé l’opération n’aimaient pas la colonne Vendôme et surtout la statue de Napoléon perchée dessus, c’est bien la preuve qu’on peut détruire un monument…

Utopie, destruction, à la votre, Bertrand

 

 

 




Guerre d’Espagne

22022017

Avec la mort en tenue de bataille, de José Alvrez aux éditions Albin Michel

Une histoire d’amour, de trahison et de sang. C’est un trés beau roman sur une trés sale pèriode, la guerre civile espagnole, le putsch et la prise du pouvoir par Franco, tyran pervers et sanguinaire. Rien n’est tu dans ce livre, les crimes abominables des fascistes nationalistes et de leurs alliés nazis, mais aussi ceux, non moins terribles, des communistes et de leurs alliés soviétiques, mais aussi ceux commis par certains dans les rangs des anarchistes ou des brigades internationnales. L’héroine de ce roman, une grande bourgeoise mère de cinq enfants, n’avait rein pour devenir une militante puis une combattante républicaine. Au sein de sa classe, l’hypocrisie, la petitesse, la méchanceté, la haine des autres vont lui ouvrir les yeux. Catholique, elle découvre la fourberie et la bestialité d’une église catholique liée pour le pire à la dictature. La tragédie espagnole sera la sienne. Une tragédie qui a marqué l’Espagne et dont la plaie n’est aujourd’hui pas complètement cicatrisée… 

P1080743

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un trés beau roman, à la votre, Bertrand




33 révolutions

7012017

de Canek Sanchez Guevara aux éditions Métailié

33 révolutions comme les 33 tours d’un disque vinyle. Mais les disques sont rayés, les disques, les cubains d’aujourd’hui, rayés. Un trés beau livre, un livre dur sur la vie à la Havane. L’ennui, et l’ennui, la solitude, zéro perspective, peu d’espoir. Rhum, salsa, tabac et parfois un détour chez la russe du neuvième étage. La révolution semble s’être arrétée il y a longtemps. P1080491

Canek Sanchez Guevara est le petit-fils de Ernesto Guevara, le Che, son roman est suivi de deux petits textes autobiographiques et d’un entretien réalisé par le Monde libertaire. Cela permet de mieux  situer l’auteur de ce livre. Car si Canek Sanchez Guevara est anti-castriste, il est avant tout anarchiste ce qui le distingue de bon nombre d’opposants cubains. Dommage qu’il soit mort si jeune, en 2015 à 41 ans des suites d’une opération au coeur. Il avait une trés belle écriture et de trés belles idées sur Cuba et le monde. La révolution est morte il y a longtemps à Cuba, mais l’esprit de la révolte, lui, ne peut pas disparaître. C’est à lire, à la votre, Bertrand




Voyage chez les Roms, par Jean Duflot

16122016

Roms, voyage chez les autres

Un livre de Jean Duflot paru aux Editions A plus d’un titre

Comme Observatoire libre de toute contrainte officielle, le Forum Civique Européen  exerce ici son droit d’alerter l’opinion sur l’une des dérives aberrantes de la plupart des Etats de l’UE. Entendons le sort qu’elle réserve aux minorités roms présentes dans le sacro-saint Espace Schengen et qui semble réactualiser le « problème tsigane » du très nationaliste vingtième siècle de triste mémoire.

Évidemment, dans le contexte migratoire actuel cette enquête qui s’efforce de comprendre la nouvelle dynamique d’exclusion qui maintient ces populations en marge des sociétés occidentales, notre démarche paraîtra peut-être disproportionnée. Les questions et les objections plus ou moins tendancieuses ou malveillantes ne manqueront pas d’en relativiser le projet. Précisons que notre recherche s’est délibérément limitée à deux des pays de la communauté européenne, la France et l’Italie, où l’on réserve aux « tsiganes » en général et particulièrement aux migrants roms des pays de l’est un accueil pour le moins inconfortable. Son enjeu déborde la problématique créée autour d’eux et l’ensemble des interrogations auxquelles le texte qui suit va tenter d’apporter quelques éléments de réponse montrent qu’elle est une variante exacerbée du drame humain de l’immigration générale. shapeimage_3

Pourquoi ce choix des Roms dont les effectifs, en France et en Italie, s’avèrent très inférieurs numériquement aux populations d’immigrés présentes sur ces territoires ? Pourquoi se préoccuper, à l’instar des Instances européennes ou des gouvernements, de la condition alarmante des quelques dizaines de milliers de Roms d’Europe centrale ou balkanique qui végètent dans ces deux pays ? Le marasme économique qui pénalise des millions de citoyens de la Communauté européenne ne s’en trouve-t-il pas relégué à l’arrière plan? N’avons nous pas nos laissés pour-compte, nos chômeurs, nos mal logés, des millions de citoyens qui survivent de plus en plus difficilement à la lisière du seuil de pauvreté ? à quoi tient ce privilège d’occuper le devant de la scène médiatique, de monopoliser la sollicitude des plus hautes instances européennes et l’appréhension farouche des gouvernements ? Ces parias, que l’on dit habiles à tirer partie de leur misérabilisme ostentatoire, ne seraient-ils pas d’abord victimes de leur propre tradition « culturelle », d’une sorte d’auto-exclusion atavique liée à leur mode de vie errante ? L’entrelacement de questions rationnelles et de préjugés n’est pas toujours facile à démêler. C’est l’un des objectifs de ce premier volet de l’enquête de montrer comment les représentations et les stéréotypes confortent l’inertie ou la malveillance officielle.

ÉDITIONS
À PLUS D’UN TITRE
Nous ne pouvons que vous conseiller de lire cette excellente étude de Jean Duflot sur les Roms hier et aujourd’hui, en Italie et en France. Jean est un ami de très longue date, il vit sur l’une des fermes de Longo maï en France, à la votre, Bertrand



Histoire de football et de guerre

18102016

Le dernier pénalty

  Histoire de football et de guerre

Gigi Riva édition du Seuil

Une histoire de football et une histoire de guerre, oui une histoire de guerre, celle de Yougoslavie. Gigi Riva nous fait revivre l’année 1990 qui verra monter les tensions nationalistes dans toutes les Républiques de l’ex Yougoslavie. Puis en 1992 la fin de la Yougoslavie dans la guerre civile, l’indépendance de la Slovénie et de la Croatie. 1990, c’est aussi le mondial de foot en Italie, dernière compétition de la Yougoslavie qui est éliminée en quart de finale aux tirs au but par l’Argentine. Que ce serait-il passé si Faruk Hadzibegic n’avait pas raté le dernier pénalty de la Yougoslavie. Faruk le bosniaque, capitaine de la dernière équipe de Yougoslavie. Que ce serait-il passé ? On ne peut savoir que ce qui c’est passé. La guerre, la folie nationaliste, aprés la Yougoslavie c’est la Bosnie qui éclate, le siège de Sarajevo, le massacre de Srebrenica, les horreurs comises par les milices serbes de Bosnie… Les premiers combattants des guerres yougoslaves, nous apprend le livre, auront été les hooligans des clubs de Belgrade et de Zagreb qui se transformeront vite en criminels de guerre. 

Extrait du livre : Que serait-il arrivé si les Serbes, en 1990, avaient accepté la Confédération proposée par les Croates et les Slovènes ? Que serait-il arrivé si Milosevic, Tudjman et Itzebegovic n’avaient pas pris le pouvoir ? Que serait-il arrivé si, dans les années 80, l’inflation n’avait pas mangé l’épargne, mis le pays pratiquement en banqueroute ? Si les réformes des sociaux-démocrates avaient eu le temps d’entrer dans un cercle vertueux ? Si, si, si, si. Et que serait-il arrivé si Faruk n’avait pas raté le pénalty ? Oui, ce pénalty-là, le dernier pénalty de la Yougoslavie, le rideau qui tombe sur la fin de la pièce. Ca n’aurait rien changé. Comme n’a rien changé le dernier panier de Savic, qui a scellé la victoire du Mondial de Basket. Pourquoi, alors, ce pénalty est-il devenu la source d’un tel regret, un tournant, un acte fatal constamment rappelé ? Parce que le football c’est l’enfance, et l’enfance c’est la yougoslavie. Parce qu’il ne coûte rien de rêver.

Un beau livre, à lire, même si l’on n’aime pas le foot, pour se rappeler où mène toujours le nationalisme.

Résistance, Utopie,Bertrand Burollet




Se souvenir de ce que les idées racistes sont capables de mettre en œuvre

19092016

Du 6 au 8 octobre 2016 Radio Zinzine organise en partenariat avec La Boîte à Ressort et le Forum Civique Européen trois soirées avec Bejarano & Microphone Mafia à Marseille, Forcalquier et Arles.

Ce groupe est le fruit d’une rencontre musicale improbable. Esther Bejarano a 92 ans, elle a survécu aux camps de concentration grâce à la musique. Elle s’est liée au groupe de Rap Microphone Mafia pour faire entendre son message d’humanisme et de liberté.

Merci de faire tourner cette annonce dans votre/ton réseau.

Marseille, 6 octobre, Marseille l’Équitable Café (54, cours Julien)

16h Ouverture des portes, coin bouquin

17h «La Shoah et antisémitisme hier et aujourd’hui » : Exposé et discussion sur la Shoah, la propagande nazi et l’antisémitisme moderne à partir de la biographie d’Esther Bejarano

18:30h Discussion informelle accompagnée d’un apéro fermier

19:30h Lecture d’un extrait des mémoires d’Esther suivi du concert avec le groupe Bejarano et Microphone Mafia

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7 octobre, Forcalquier, Espace culturel Bonne Fontaine

À partir de 14h

Visite de l’Exposition « Le camp des Milles – une mémoire régionale »

Table de livres proposée par la librairie « La Carline ».

14h Séance scolaire et tout public avec lecture d’Esther Bejarano. En parallèle des ateliers Slam sont proposés dans les collèges du département

18h Discussion sur la situation et les initiatives autour des migrant-es en Europe

19.30h Concert, précédé d’une lecture d’Esther Bejarano sur son histoire

Buvette et petite restauration sur place

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8 octobre, Arles, Église St Julien (rue du 4 Septembre)

20.30h Concert, précédé d’une lecture d’Esther Bejarano d’un extrait de ses mémoires

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Plus d’infos: https://bejaranoetmicrophonemafiaenfrance.wordpress.com

www.journarles.org




L’enterrement du PS le 27 août à Nantes

30082016

Oraison funèbre du parti socialiste

Chers amis, chers camarades,

Nous sommes réunis ici ce soir à Nantes, en ce 27 août 2016, pour rendre hommage au Parti Socialiste. Celui-ci ne s’est hélas pas remis de l’annulation de son université d’été, prévue ces jours-ci.

Tandis qu’une poignée de politiciens zélés s’acharnent encore autour de sa dépouille – feignant d’ignorer sa mort – nous sommes réunis ici ce soir face au château des Ducs de Bretagne pour ENFIN l’enterrer dignement.

Le parti socialiste nous a quitté des suites d’une maladie longue, douloureuse… et incurable. Hier encore, juste avant de passer de vie à trépas, une hémorragie grave lui avait fait perdre cinquante-mille militants en quelques mois. Hier encore, il était saisi de délires sur la déchéance de nationalité, et vomissait tour à tour état d’urgence et lois antisociales.

S’il y a une vocation qui est absolument exténuante, c’est bien celle de la conquête et de l’exercice du pouvoir. Vocation à laquelle il a consacré son existence tout entière, jusqu’à son dernier souffle….

Au moment de l’extrême onction, j’ai senti en lui comme un grand soulagement… Le pouvoir est bien peu de choses face à la mort. Boit un coup

Ce n’est pas sans émotion que je me présente à vous aujourd’hui pour revenir sur les temps forts d’une longue vie de 111 ans rythmée par les soubresauts de l’histoire agitée de ce siècle. Toute sa vie, au confessionnal, c’est à moi qu’il s’est confié, et c’est un immense honneur pour moi avec l’accord de sa famille et de ses proches, de procéder à son éloge funèbre.

Né en 1905, d’une grand-mère sans culotte et d’un grand-père de la bourgeoisie républicaine, d’une mère communarde et d’un père radical-socialiste, radsoc pour les intimes, il restera marqué par cet héritage. Tiraillé toute sa vie par des troubles schizophréniques aïgus, écartelé entre ses idéaux révolutionnaires de jeunesse et un réalisme-gouvernemental-de-petit-épicier.

A l’époque il se fait appeler SFIO, comme Section Française de l’Internationale Ouvrière. Il traîne avec sa bande dans les milieux syndicaux, écume les comptoirs des faubourgs ouvriers, entonne à tue tête l’Internationale entre deux verres de rouges. Ah Il y aimait lever l’coude ce p’tit gars, et s’il y a bien un rouge qu’il aime c’est celui là. Boit un coup

A l’époque, (haaaaa la bonne époque !) il porte un chapeau melon et une moustache. Il harangue sans mégaphone des par terre de grévistes, combat l’impérialisme colonial, et oppose à la guerre mondiale qui se profile, la possibilité d’une grève générale internationale et in-sur-rec-tio-nnelle qu’y disent dans leurs congrès.

Mais, en bon élève de l’école républicaine, pétrifié par le rappel à l’ordre de l’union nationale, il remise bien vite le lyrisme révolutionnaire au placard et rentre dans le rang pour un poste bien placé. Dès la mort de son pote Jean Jaurès, il rallie l’Union Sacré pour s’asseoir sur son premier fautueil ministériel.
Ce revirement restera à jamais le drame de sa jeunesse, le drame de sa vie.

Ô inexorable fatalité, Ô éternel recommencement, Ô spirale infernale des espoirs révolutionnaires déçus et recyclées, des rêves enterrés au prétexte de réalisme et de réforme.

En 1924, à tout juste vingt ans, sa petite bande de pote est devenu un cartel d’ambitieux : le cartel des gauches. Après par un subtil jeu d’alliance digne d’une contorsionniste moldave, il accède pour la première fois aux grandes responsabilités auxquelles il aspire depuis tout petit. Mais sa joie est de courte durée, très vite, en plein numéro de funambulisme, il se heurte de plein fouet au mur de l’argent, et ses potes rad-soc le lâchent à la première réformette.

Pendant ce temps, de l’autre côté du Rhin, son cousin germain le SPD, est aussi aux manettes. Entre deux verres schnaps, il massacre la révolution spartakiste, pend les ouvriers aux arbres, assassine Rosa Luxembourg, et prépare malgré lui l’arrivée du Nazisme en banalisant l’État d’urgence.

En France aussi l’atmosphère est nauséabonde. Le mouvement fasciste prend la rue et encercle l’assemblée nationale en 1934. En réaction, SFIO retourne battre le pavé comme pendant sa jeunesse d’avant 14. Et que je t’entonne l’Internationale, et que j’serre à la chaîne les mains caleuses des ouvriers remontés. Comme il aimait ça SFIO, une machine à serrer les paluches. Il y retrouve ses vieilles connaissances, amis syndicalistes, jeunes révoltés, frères ennemis communistes, etc. C’est l’front populaire !

SFIO -content comme tout- est de retour aux manettes. Mais ses vieux potes de la rue se méfient, et décident de lui mettre la pression. Faut dire qu’il leur a déjà fait l’coup du retournement de veste en 1914 et en 1924. C’est pas tout d’mettre un bulletin dans l’urne avec des zigotos comme ça à la tête du navire, mieux vaut assurer ses arrières. Alors c’est la grève générale avec occupation. Les ouvriers arrachent les congé payés et tout l’monde pense à SFIO en prenant ses premières vacances.

Pendant ce temps de l’autre côté des Pyrénées, un autre front populaire est aux prises avec une guerre civile sans merci contre les franquistes. Les appels à l’aide de son cousin ibère n’y feront rien, SFIO refusera jusqu’au bout d’intervenir. Il ira même jusqu’à parquer les réfugiés politiques espagnols dans des camps.

Pleureuse : C’est honteux, hon-teux, de dire des choses pareilles d’un grand parti de la résistance. Vous mentez mon père, vous mentez, vous devriez avoir honte de bafouer ainsi la mémoire du socialisme.

Je ne dis que la stricte vérité, Dieu m’en est témoin. C’est là précisément que réside l’énigme, toute l’ambivalence, toute la schizophrénie du défunt que nous honorons aujourd’hui. Capable dans un même geste de voter massivement les pleins pouvoirs à Pétain et d’organiser des réseaux clandestins de résistance.

Le diacre lui tend un verre d’eau.

Pouah, je déteste la Vichy. Quelle idée de mettre en bouteille des saloperies pareilles ?

Regardez son pote Mitterrand, par exemple, résistant décoré de la Francisque, capable dans une même vie de manifester avec une banderole « Les métèques dehors » et de porter un badge « touche pas mon pote ».

Pleureuse : Pitié pas tonton.

Quel est donc ce mal incurable qui fait sans cesse vaciller SFIO ? SFIO n’est ni franchement réactionnaire, ni franchement révolutionnaire. Son existence est une somme infinie de revirements. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, SFIO ne croit plus en rien d’autre qu’en la résignation au moins pire… Et si le mal qui le ronge, prenait pendant sa jeunesse la forme d’un réel tiraillement, le cynisme qui le gagne au fil des ans l’amène à ériger ses contradictions en atout pour conquérir le pouvoir.

Le pouvoir, c’est devenu son unique raison d’être. Avec ses nouveaux potes Jules Moch (Jules moche pour les intimes) et Guy Mollet (Guy Molesse pour ceux qui le connaissent), il a délaissé l’rouge pour lui préférer l’jaune. Et s’il faut pour l’attrait des ors du pouvoir écraser une grève et envoyer les parachutistes contre les ouvriers comme il le fit en 1947, alors SFIO n’hésite plus. Et s’il faut pour cela créer les Compagnies Républicaine de Sécurité, on peut encore une fois compter sur lui. C’est encore lui qui envoie le contingent en Algérie en 1956 et y décrète l’État d’urgence. Pendant que ses anciens amis manifestent à Charonne ou portent des valises pour le FLN, SFIO s’enfonce, s’enfonce, agrippé aux fauteuils ministériels, englué dans les manœuvres de couloirs.

Après une avalanche de scissions et de ruptures, plus personne ne donne cher de sa peau. Isolé, discrédité sur le terrain des luttes, son histoire aurait pu s’arrêter là, mais c’est mésestimer sa roublardise que de le croire fini. SFIO sait que pour reprendre le pouvoir, il faut changer de masque. Il entame alors un formidable exercice de transformisme. Il rabiboche tous les groupuscules avec lesquels il s’était embrouillé au fil de ses reniements successifs : PSA, PSU, FGDS, etc. En 1969 à l’occasion d’un grand congrès, il change de look, il se fait désormais appelé PS, parti socialiste, celui que nous connaissons tous si bien, avec le poing la rose et tout l’tintouin.

Laissez moi vous raconter comment PS va mener sa barque jusqu’à prendre le pouvoir en 1981. C’est toujours la même rengaine, reconquérir les âmes en redescendant dans la rue. Il traîne à Plogoff et dans les luttes anti-nucléaires, passe ses vacances au Larzac, rend visite aux ouvriers de LIP, fricote avec tout ce qui remue. Chaque sortie a pour objectif non pas de renforcer les luttes, mais de glaner les électeurs potentiels qu’elles agrègent nom de d’là.

En 1981, l’arrivée au pouvoir de PS marque la fin de la période révolutionnaire ouverte en 1968. Et pourtant, qu’est ce qu’on y a cru ! On en a quand même pris une bonne pour fêter ça. Moi même, j’ai chanté toute la nuit dans la rue cet autre soir de mai où le visage de Mitterrand s’afficha sur le poste télé. J’aurais mieux fait de sonner l’tocsin cette nuit là.

Lève un verre plein de rouge

Vous connaissez le dilemme du verre à moitié vide et du verre à moitié plein ?

Pendant toute cette scène les pleureuses hystériques acclament le prêtre.

Abolition de la peine de mort ! boit un coup
Dépénalisation de l’homosexualité ! boit un coup
Abandon des projets de centrale Nucléaire au Pellerin et à Plogoff ! boit un coup
Semaine de 39h ! Retraite à 60 ans ! boit un coup
Abandon du projet de camp militaire au Larzac ! boit un coup
Augmentation du SMIC et des allocs ! boit un coup
Abrogation de la loi dite « anti-casseurs » ! boit un coup
Autorisation des radios locales privées ! boit un coup
Régularisation de la situation de tous les étrangers en situation irrégulière qui exercent un métier et peuvent le prouver ! boit un coup

Les pleureuses explosent de joie. Puis s’arrêtent devant l’attitude grave du prêtre.

Le curé, attéré, regarde son verre vide et commence à pleurer.

Tournant de la rigueur, conversion du marxisme de façade à l’économie de marché la plus sauvage,
Construction de la centrale nucléaire de Goldfech et Chooz, projet de centrale nucléaire au Carnet
Attaque par les services secrets du bateau Raimbow warrior
Récupération du mouvement de la marche des beurs pour convertir la rage des banlieues en mascarade associative avec SOS Racisme
Soutien en sous main à la montée du front national
Création des premiers centres de rétention administratives
Massacre des partisans du FLNKS à la grotte d’Ouvéa
Soutien au régime génocidaire du Rwanda par la formation militaire des milices hutus qui perpètrent le massacre !

Verre à moitié vide, verre à moitié plein ? Moi j’y comprend plus rien… Personne n’y comprend rien à cette entourloupe du moins pire. C’est sur ce quiproquo que, pendant 20 ans, PS, malgré sa sénilité avancé, va parvenir à faire encore illusion jusqu’à sa mort récente.

Je vais vous faire une confidence. Je crois que je commence à être légèrement pompette, ou quart fin rond comme on dit par chez moi. Mais vous savez 111 ans de confessionnal, 111 ans à écouter les états d’âmes du Parti socialiste ça vous use même le plus vigoureux des curés, et l’picrate moi y’a qu’ça qui m’conserve… 111 ans à s’accrocher à l’idée qu’il avait quand même un bon fond le gars, 111 ans à brasser toute la merde qui le recouvre, sans jamais le trouver ce foutu bon fond… Sans jamais l’atteindre !

Y’a que l’fond d’mon godet que j’ai pu atteindre. Et à mesure que j’buvais pour oublier l’confessionnal, PS continuait d’mener sa barque avec ses nouveaux potes. Jospin l’ancien trostkstard infiltré qui a tellement infusé dans son rôle d’agent double qu’il a fini par privatiser plus que tous les gouvernements de droite réunis. Et bien sur la dégénérescence ultime, je veux parler du gouvernement actuel, le dernier gouvernement socialiste de l’histoire de France. Le dernier, cent mille de crénom de d’là !

Pleureuse : Quelle indécence !

La dernière lueur de vie, vous savez comme les ampoules qui scintillent d’un tout dernier éclat avant de mourir brusquement.
PS est mort. Mort d’être retombé dans ses pires travers préfacistes : état d’urgence, guerres sur plusieurs continents, loi Macron, loi travail, chasse aux rroms et aux migrants, surarmement de la police et organisation de son impunité, répression des mouvements sociaux et des ZADs.

C’est pas parce que j’ai un coup dans l’nez et qu’j’y vois double, mais en ce moment c’est vraiment une période trouble. PS est mort et laisse derrière lui un grand vide. Déjà, un nombre considérable de charognes cherchent à s’y engouffrer, socialio en marinière made in france, écolo aux dents qui rayent la pelouse, méli-mélo à la meluche et autres attrape gogos…

En attendant, PS nous a laissé bien dans la mouise en cassant sa pipe. Regardez un peu dans quel état il nous laisse le marigot politicard dans lequel il a pataugé toute son existence : FNnnn est plus fort que jamais, au point que LRrrr lui a copié son programme et n’hésitera pas à en appliquer une bonne partie une fois avachis à son tour sur le trône.

Ô champ de ruine de la politique classique, ô table rase sur laquelle rebâtir autre chose que leurs programmes préfabriqués, faites que PS ait emmené avec lui dans l’au-delà les dernières illusions castratrices qui nous ont si longtemps acculé au moins pire.

Je voudrais porter un toast, parce que depuis tout à l’heure, j’carbure à 10 litres au cent et que vous devez avoir bien soifs vous autres !

Je lève mon verre à l’inconnu qui s’ouvre à nous,
A cette brèche ouverte par un beau printemps,
A ces rues auxquelles nous avons tant pris goût,
A ces piquets, ces grèves, ces cortèges exaltants.

Je lève mon verre à ceux qui passent les nuits debout,
bloquent fac, usines, lycées et battent le pavé.
aux enragés, aux insensés, à tous ces fous,
qui tendent vers l’horizon d’une vie ingouvernée.

D’une époque de frisson qui s’ouvre sous nos pieds,
Et d’un grand précipice duquel s’élancer
D’une aventure qui semble les emporter,
Vers les rives d’une vie sans cesse improvisée,

Je lève mon verre à ceux qui ne rentreront plus,
dans les cases, dans les pièges, qu’on nous a tant tendus,
Et pour qui l’élection partout tant attendue,
ne préoccupe guère plus qu’un poil au cul.

I have a dream

Alors en hommage au défunt, je vais porter un toast.
Solennel

Mes bien chers frères, mes bien chers sœurs, re-pre-nez avec moi tous en coeur…

Le départ de la marche funèbre se fait sur pas de boogie woogie avant la prière du soir de Mitchel

Très bonne leçon d’histoire, résistance, utopie, à la votre, Bertrand

 

 







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